Bureau moderne avec documents fiscaux et immobiliers, calculatrice et graphiques financiers
Publié le 15 mars 2024

Réduire vos impôts immobiliers n’est pas une question de magie, mais d’arbitrages stratégiques et légaux qui peuvent augmenter votre rendement net de plus de 15%.

  • Le régime réel est souvent plus avantageux que le micro-foncier dès que vos charges (crédit, travaux, taxe foncière) dépassent 30% de vos loyers annuels.
  • La création d’une Société Civile Immobilière (SCI) à l’Impôt sur les Sociétés (IS) peut surclasser la détention en nom propre pour réinvestir massivement les loyers.

Recommandation : Auditez précisément vos charges réelles et simulez l’impact d’une structure adaptée avant votre prochaine déclaration fiscale pour sécuriser et optimiser votre patrimoine.

Chaque année, le constat est le même pour de nombreux investisseurs locatifs en France : une part significative des loyers perçus est absorbée par les impôts et les prélèvements sociaux. Face à la complexité administrative et la pression du prélèvement à la source, la tentation est grande de se reposer sur des solutions simples en apparence, comme le régime micro-foncier, ou de suivre des conseils entendus à la volée : « fais du déficit foncier » ou « passe en LMNP ». Ces stratégies, bien que valables, ne sont que la partie émergée de l’iceberg et, mal maîtrisées, peuvent même se révéler contre-productives.

L’optimisation fiscale immobilière ne devrait pas être une source d’anxiété, mais un puissant levier de performance. Mais si l’approche la plus efficace n’était pas de collectionner des dispositifs, mais de construire un véritable système d’arbitrage fiscal ? Une stratégie où chaque euro de charge est correctement déduit, chaque structure juridique est choisie pour ses mérites propres, et chaque décision est prise non seulement pour réduire l’impôt de l’année N, mais pour décupler votre capacité de réinvestissement pour les années à venir. C’est cette vision patrimoniale, précise et chiffrée, que nous allons adopter.

Cet article n’est pas un catalogue de niches fiscales. C’est un guide stratégique conçu pour vous, investisseur avisé, qui souhaitez passer de la simple déclaration à une gestion fiscale active. Nous allons décortiquer les mécanismes, comparer les options avec des chiffres concrets et vous fournir des clés pour éviter les erreurs qui coûtent cher. L’objectif est clair : sécuriser votre situation face à l’administration fiscale tout en transformant votre fiscalité en un moteur de croissance pour votre patrimoine.

Pour naviguer efficacement à travers les différentes stratégies et arbitrages, voici le plan que nous allons suivre. Chaque section est conçue pour répondre à une question précise et vous donner les moyens d’agir en connaissance de cause.

Pourquoi le régime micro-foncier vous fait perdre de l’argent au-delà de 30% de charges ?

Le régime micro-foncier est souvent présenté comme la solution de facilité pour les investisseurs dont les revenus locatifs ne dépassent pas 15 000 € par an. Son principe est simple : l’administration fiscale applique un abattement forfaitaire de 30% sur vos loyers, censé couvrir l’ensemble de vos charges. Vous êtes donc imposé sur 70% de vos recettes. Si cette simplicité est séduisante, elle cache un piège financier majeur pour une grande partie des propriétaires-bailleurs.

La rentabilité de cet arbitrage fiscal repose sur une seule question : vos charges réelles (intérêts d’emprunt, taxe foncière, assurance, travaux, charges de copropriété…) sont-elles supérieures ou inférieures à cet abattement ? En effet, l’abattement forfaitaire de 30% est un plafond. Si vos charges réelles représentent 40%, 50% ou même plus de vos revenus locatifs – une situation très fréquente la première décennie d’un investissement à crédit – chaque euro de charge au-delà de 30% est une déduction perdue. Vous payez de l’impôt sur un bénéfice fictif, ce qui grève directement votre rendement net.

L’analyse comparative est sans appel et démontre clairement le point de bascule où le régime réel devient plus avantageux.

Comparaison micro-foncier vs régime réel selon les charges
Revenus locatifs annuels Charges réelles Micro-foncier (impôt sur) Régime réel (impôt sur) Régime optimal
14 400€ 9 600€ (66%) 10 080€ 4 800€ Régime réel
14 400€ 4 320€ (30%) 10 080€ 10 080€ Équivalent
14 400€ 2 880€ (20%) 10 080€ 11 520€ Micro-foncier

Il est donc impératif de réaliser un audit précis de vos charges avant de choisir par défaut le micro-foncier. Ce choix, s’il est mal avisé, peut vous coûter plusieurs centaines, voire milliers d’euros d’impôts supplémentaires chaque année. Rappelez-vous que l’option pour le régime réel est irrévocable pendant trois ans, ce qui nécessite une projection sérieuse de vos charges futures, notamment les travaux prévisibles.

Plan d’action pour votre audit fiscal :

  1. Calculez précisément vos charges réelles : listez les intérêts d’emprunt, la taxe foncière, les assurances, les charges de copropriété et les frais de gestion.
  2. Anticipez les travaux futurs : intégrez les dépenses prévisibles (ravalement, rénovation énergétique) dans votre calcul sur un horizon de 3 ans.
  3. Confrontez le total au seuil des 30% : si vos charges dépassent 30% de vos revenus locatifs, l’option pour le régime réel s’impose pour optimiser votre fiscalité.
  4. Validez l’option au bon moment : l’option pour le réel est irrévocable pour 3 ans, assurez-vous de sa pertinence sur cette durée.
  5. N’oubliez pas les prélèvements sociaux : votre base imposable, qu’elle soit forfaitaire ou réelle, est également soumise aux 17,2% de prélèvements sociaux.

Comment déclarer vos revenus LMNP au réel sans erreur administrative ?

Le statut de Loueur en Meublé Non Professionnel (LMNP) au régime réel est l’un des outils d’optimisation les plus puissants, mais sa mise en œuvre peut intimider. Contrairement à la location nue, les revenus sont considérés comme des Bénéfices Industriels et Commerciaux (BIC) et non des revenus fonciers. Cette distinction ouvre la porte à une arme fiscale majeure : l’amortissement du bien immobilier. Vous pouvez déduire chaque année une fraction du prix du bien, créant une charge comptable qui réduit, voire annule, votre bénéfice imposable pendant des années.

Cependant, cette puissance s’accompagne d’un formalisme administratif strict qui ne laisse place à aucune approximation. L’erreur la plus fréquente est de sous-estimer cette complexité et de vouloir gérer seul une comptabilité qui relève de règles commerciales. Cela expose à un risque élevé de redressement. La rigueur est donc votre meilleure alliée pour sécuriser votre déclaration.

Bureau organisé avec documents fiscaux LMNP et calculatrice professionnelle

La déclaration au réel implique de tenir une comptabilité d’engagement et de produire une liasse fiscale (formulaires 2031 et annexes). Les points de vigilance sont nombreux :

  • Remplir le bon formulaire : la déclaration des BIC passe obligatoirement par le formulaire 2031 et ses annexes (2033-SD).
  • Ventiler le prix d’acquisition : il est crucial de séparer la valeur du terrain (non amortissable) de celle du bâti et du mobilier. Une clé de répartition usuelle est 15% pour le terrain et 85% pour le bâti.
  • Amortir par composants : l’administration exige une décomposition de l’amortissement. Le gros œuvre (murs, toiture) s’amortit sur une longue période (ex: 50 ans), tandis que les agencements (cuisine, salle de bain) ou les équipements (électroménager) s’amortissent plus rapidement (5 à 10 ans).
  • Adhérer à un Centre de Gestion Agréé (CGA) : l’adhésion avant le 31 mai permet d’éviter une majoration de 10% de votre bénéfice imposable, un avantage fiscal non négligeable.

Étude de cas : Le coût de la sécurité administrative

Déléguer sa comptabilité LMNP à un expert-comptable spécialisé représente un coût, mais il doit être vu comme un investissement. Pour un ou deux biens, les honoraires varient de 500€ à 900€ HT par an. En comparaison, le risque de redressement en cas de gestion autonome mal maîtrisée est réel. L’administration fiscale estime qu’une erreur sur l’amortissement ou la déduction des charges peut mener à un redressement moyen de 3000€. L’arbitrage est donc vite fait : le coût de l’expert est largement compensé par la sécurité fiscale et l’optimisation garantie.

Pinel Plus vs Ancien avec travaux : quel dispositif offre le meilleur rendement fiscal ?

L’arbitrage entre un investissement dans le neuf via Pinel Plus et l’acquisition d’un bien ancien à rénover est un classique de la stratégie patrimoniale. Ces deux options ne répondent pas aux mêmes logiques fiscales et leur pertinence dépend crucialement de votre profil d’investisseur, et notamment de votre Tranche Marginale d’Imposition (TMI).

Le dispositif Pinel Plus offre une réduction d’impôt directe, calculée sur le prix d’achat du bien neuf. Pour un engagement de 12 ans, cette réduction peut atteindre 21% du montant de l’investissement, plafonné à 300 000 €. C’est un mécanisme puissant pour les contribuables moyennement imposés qui cherchent une solution « clé en main » avec une visibilité claire sur l’avantage fiscal. Son principal inconvénient réside dans les contraintes fortes : plafonds de loyers et de ressources des locataires, et un prix d’achat dans le neuf souvent déconnecté du marché de l’ancien.

À l’opposé, la stratégie de l’ancien avec travaux (création de « déficit foncier ») permet une déduction sur le revenu. Les charges et les travaux de rénovation viennent en déduction de vos revenus fonciers. Si un déficit apparaît, il est imputable sur votre revenu global jusqu’à 10 700 € par an, et même jusqu’à 21 400€ pour des travaux énergétiques permettant de sortir un bien du statut de « passoire thermique ». L’économie d’impôt est alors proportionnelle à votre TMI. Plus votre TMI est élevée (41% ou 45%), plus l’impact du déficit foncier est spectaculaire. Cet arbitrage est parfaitement illustré par l’analyse suivante :

Comparatif Pinel vs Déficit Foncier selon la TMI
Tranche Marginale d’Imposition Dispositif optimal Avantage principal Contrainte principale
TMI > 41% Déficit Foncier Déduction jusqu’à 10 700€ du revenu global Nécessite liquidités pour travaux
TMI 30% Pinel Plus Réduction 21% sur 12 ans Plafonds de loyers stricts
TMI 11% Aucun dispositif Économie limitée Privilégier le cash-flow

Stratégie avancée : l’hybridation Déficit Foncier et Denormandie

Dans les villes éligibles au programme « Action Cœur de Ville », une stratégie d’expert consiste à cumuler les avantages. Un investisseur avec une TMI à 41% achète un bien à rénover de 150 000€ avec 50 000€ de travaux. En année 1, il impute 10 700€ de déficit foncier sur son revenu global grâce aux premiers travaux, générant une économie d’impôt immédiate de 4 387€. Ensuite, il bascule sur le dispositif Denormandie (le « Pinel de l’ancien »), bénéficiant d’une réduction d’impôt de 18% sur le coût total (achat + travaux), soit 36 000€ étalés sur 9 ans. L’économie fiscale totale dépasse 40 000€, une performance inaccessible avec un seul dispositif.

L’erreur de calcul du déficit foncier qui déclenche un redressement fiscal

Le mécanisme du déficit foncier est un outil d’optimisation fiscale redoutable, mais il est aussi l’un des plus scrutés par l’administration fiscale. La raison est simple : la frontière entre des travaux de rénovation déductibles et des travaux d’agrandissement non déductibles est parfois mince, et une erreur d’interprétation peut coûter très cher en cas de contrôle.

Le principe de base est clair : seules les dépenses d’entretien, de réparation et d’amélioration sont déductibles des revenus fonciers. Les dépenses de construction, reconstruction ou d’agrandissement, elles, ne le sont pas. Elles viennent simplement augmenter la valeur du bien et seront prises en compte lors du calcul de la plus-value à la revente. C’est sur cette distinction que se jouent la plupart des redressements fiscaux.

Concrètement, voici les erreurs à ne jamais commettre. La liste fournie par le Bulletin Officiel des Finances Publiques (BOFIP) est la seule référence qui vaille :

  • Travaux clairement DÉDUCTIBLES : Il s’agit de maintenir ou de remettre en état le bien sans en modifier la substance. On y trouve la réparation de la toiture, le ravalement de façade, la remise aux normes du système électrique, le remplacement de la chaudière, la réfection de la plomberie, ou le changement de revêtements de sols usés.
  • Travaux clairement NON DÉDUCTIBLES : Ces travaux augmentent la surface habitable ou modifient fondamentalement la structure du bien. La transformation d’un grenier en chambre, la création d’une nouvelle salle de bain là où il n’y en avait pas, ou la construction d’une véranda en sont des exemples typiques.
  • Le piège de la cuisine : Le remplacement d’une cuisine existante (changement des meubles, de l’évier) est une dépense d’amélioration déductible. En revanche, l’installation d’une cuisine dans un logement qui en était totalement dépourvu est considérée comme une dépense d’équipement initial, donc non déductible des revenus fonciers.

L’administration fiscale est intransigeante sur ce point, comme le rappelle sa doctrine officielle.

Les dépenses de construction, reconstruction ou d’agrandissement ne sont jamais déductibles des revenus fonciers.

– Administration fiscale, Bulletin Officiel des Finances Publiques

La clé pour sécuriser votre déficit foncier est la traçabilité et la justification. Conservez précieusement toutes les factures, en veillant à ce qu’elles détaillent précisément la nature des travaux effectués. Une facture intitulée « Rénovation appartement » ne passera pas un contrôle ; une facture détaillant « Réfection plomberie : 2000€, peintures : 1500€, remplacement sol : 1000€ » sera incontestable.

Quand opter pour le régime réel pour impacter vos impôts de l’année N+1 ?

L’une des clés de l’optimisation fiscale est l’anticipation. Le choix du régime réel, qui permet de déduire l’ensemble de vos charges pour leur montant exact, n’échappe pas à cette règle. L’erreur serait de subir ce choix plutôt que de le piloter. La question n’est pas seulement « dois-je opter pour le réel ? », mais bien « quand dois-je le faire pour en maximiser l’impact ? ».

Le calendrier fiscal est votre principal allié. L’option pour le régime réel doit être exercée au moment de la déclaration de revenus de l’année N, soit entre avril et juin. Cette option s’appliquera alors aux revenus de l’année N et est irrévocable pour une durée de trois ans. Cette contrainte impose une vision à moyen terme. Opter pour le réel l’année d’un petit bénéfice pour finalement réaliser peu de charges les deux années suivantes serait une erreur stratégique.

La stratégie optimale consiste donc à « déclencher » l’option pour le réel juste avant une période de charges importantes. Voici le calendrier à maîtriser :

  • Date limite d’option : Lors de la déclaration de revenus de l’année N (en mai-juin), vous optez pour le régime réel pour les revenus perçus en N.
  • Engagement : Vous êtes lié par ce choix pour les revenus des années N, N+1, et N+2.
  • Stratégie d’anticipation : Le meilleur moment pour opter est l’année qui précède une hausse de revenus ou une baisse de charges de crédit (fin d’un différé d’amortissement par exemple), ou juste avant d’engager des travaux significatifs.
  • Cas optimal : L’acquisition d’une « passoire thermique » (classée F ou G au DPE) est le scénario parfait. Vous savez que vous allez devoir engager d’importants travaux de rénovation énergétique, qui généreront un déficit foncier massif.

Optimisation sur l’achat d’une passoire thermique

Un investisseur à TMI 41% planifie l’achat d’un bien classé G. Année N-1 : lors de sa déclaration de revenus, il lève l’option pour le régime réel en prévision de son projet. Année N : il acquiert le bien avec une décote de 15% et réalise 40 000 € de travaux de rénovation énergétique. Grâce à l’option prise l’année précédente, il peut imputer 21 400 € de déficit (plafond doublé) sur son revenu global, générant une économie d’impôt de 8 774 € (41% de 21 400 €). Le surplus de déficit (18 600 €) est reportable sur ses revenus fonciers des 10 années suivantes. Le bien, passé en DPE D, a vu sa valeur augmenter de 25%. C’est un coup double : plus-value latente et optimisation fiscale maximale.

Le timing de l’option pour le régime réel est donc un acte de gestion stratégique. Il ne doit pas être le fruit du hasard mais le résultat d’une planification rigoureuse de vos investissements et de vos travaux.

Pourquoi le bail 3/6/9 protège mieux le propriétaire que le bail d’habitation ?

Lorsqu’on pense investissement locatif, l’immobilier résidentiel vient immédiatement à l’esprit. Pourtant, une diversification vers l’immobilier commercial (murs de boutique, bureaux) peut offrir une protection et une rentabilité supérieures, en grande partie grâce à la nature du contrat qui le régit : le bail commercial, ou bail 3/6/9. Ce dernier est fondamentalement plus protecteur pour le propriétaire que le bail d’habitation classique.

Le bail d’habitation, régi par la loi du 6 juillet 1989, est très encadré et majoritairement favorable au locataire, considéré comme la partie faible. La trêve hivernale, les procédures d’expulsion longues et coûteuses (6 à 18 mois) et une répartition des charges très stricte en sont les illustrations. Par exemple, la taxe foncière et les grosses réparations (article 606 du Code civil, comme le ravalement de la toiture ou des murs porteurs) sont systématiquement à la charge du propriétaire.

Le bail commercial, quant à lui, est un contrat entre deux professionnels. La liberté contractuelle y est bien plus grande, ce qui permet de négocier un équilibre beaucoup plus favorable au propriétaire-bailleur. Voici les points de comparaison essentiels :

Bail commercial vs bail d’habitation : répartition des charges et flexibilité
Type de charges / Clause Bail d’habitation Bail commercial 3/6/9
Taxe foncière Propriétaire uniquement Peut être mise à la charge du locataire
Gros travaux (art. 606) Propriétaire uniquement Peut être mis à la charge du locataire (sauf exceptions)
Indexation loyer IRL (souvent plafonné) ILC/ILAT (plus dynamique et lié à l’activité commerciale)
Procédure expulsion 6-18 mois + trêve hivernale 3-6 mois, pas de trêve hivernale

Cette flexibilité contractuelle transforme la nature de l’investissement. En pouvant répercuter une grande partie des charges sur le locataire, le propriétaire sécurise un rendement « triple net » (loyer net de charges, de taxe foncière et d’entretien). De plus, l’indexation sur l’Indice des Loyers Commerciaux (ILC) ou l’Indice des Loyers des Activités Tertiaires (ILAT) offre une meilleure protection contre l’inflation que l’Indice de Référence des Loyers (IRL) du résidentiel. Enfin, il faut rappeler que l’ensemble de ces revenus sont soumis, comme les revenus du capital, aux prélèvements sociaux de 17,2% en plus de l’impôt sur le revenu.

Pourquoi la SCI à l’IS est une machine de guerre pour réinvestir les loyers ?

Pour un investisseur immobilier dont l’objectif est de se constituer rapidement un patrimoine important, la question de la structure juridique est centrale. Si la détention en nom propre (ou via une SCI à l’IR) est simple au démarrage, elle devient un puissant frein au réinvestissement dès que la Tranche Marginale d’Imposition (TMI) atteint 30% ou plus. C’est là que la Société Civile Immobilière (SCI) à l’Impôt sur les Sociétés (IS) révèle sa véritable puissance.

Le changement de paradigme est total. En nom propre, vos loyers (après déduction des charges) s’ajoutent à vos autres revenus et sont taxés à votre TMI (jusqu’à 45%) ainsi qu’aux prélèvements sociaux (17,2%). La ponction peut donc dépasser 60%. À l’inverse, la SCI à l’IS est une entité fiscale autonome. Les bénéfices sont taxés à un taux fixe et bien plus avantageux : 15% jusqu’à 42 500 € de bénéfice, puis 25% au-delà. De plus, comme en LMNP, la SCI à l’IS peut amortir le bien, ce qui réduit considérablement sa base imposable.

Simulation de l’effet de levier fiscal de la SCI à l’IS

Prenons un investissement générant 20 000€ de loyers annuels. Pour un investisseur à TMI 41% en nom propre : l’impôt (IR + PS) s’élèvera à (20 000€ * 58,2%) = 11 640€. Il lui reste 8 360€ nets à réinvestir. Dans une SCI à l’IS, après déduction des charges et de l’amortissement, le bénéfice imposable est ramené à environ 15 000€. L’impôt sur les sociétés (IS à 15%) sera de 2 250€. Il reste donc 17 750€ de trésorerie disponible dans la société pour un nouvel investissement. La différence est spectaculaire : la SCI à l’IS génère plus du double de capacité de réinvestissement chaque année. Sur 10 ans, cela permet d’acquérir un ou deux biens supplémentaires uniquement grâce à l’effet de levier fiscal.

Cette structure est donc une véritable « machine de guerre » pour la capitalisation. L’argent reste dans la société et est utilisé pour rembourser les crédits et financer de nouvelles acquisitions, créant un cercle vertueux de croissance patrimoniale. Cependant, cette stratégie a un revers qu’il faut connaître.

L’amortissement du bien réduit la base imposable annuelle mais crée une plus-value latente massive à la revente.

– Cabinet K&P Finance, Guide défiscalisation immobilière 2025

En effet, à la revente, la plus-value professionnelle est calculée sur la différence entre le prix de vente et la valeur nette comptable (prix d’achat moins les amortissements). La fiscalité à la sortie peut donc être lourde. La SCI à l’IS est donc une stratégie de long terme, idéale pour la constitution et la transmission d’un patrimoine, moins pour la spéculation à court terme.

Ce qu’il faut retenir

  • Le régime réel devient fiscalement rentable dès que vos charges réelles (crédit, travaux, taxes) dépassent le forfait de 30% du régime micro-foncier.
  • La SCI à l’Impôt sur les Sociétés est un outil surpuissant pour accélérer le réinvestissement des loyers, bien plus que pour la simple détention à long terme.
  • La diversification vers l’immobilier commercial ou les SCPI européennes permet de réduire le risque, d’améliorer le rendement et d’optimiser la fiscalité au-delà du résidentiel classique.

Diversifier son patrimoine immobilier : pourquoi ne pas tout miser sur le résidentiel locatif ?

Après avoir optimisé la fiscalité de ses biens, l’investisseur avisé se heurte à une autre question stratégique : la concentration du risque. Mettre tous ses œufs dans le même panier, même si celui-ci est fiscalement optimisé, reste une source de vulnérabilité. Le marché de l’immobilier résidentiel est soumis à des cycles, à une réglementation de plus en plus contraignante (DPE, plafonnement des loyers) et à une fiscalité lourde. La diversification n’est donc pas un luxe, mais une nécessité pour la résilience et la performance à long terme d’un patrimoine.

Diversifier ne signifie pas forcément se tourner vers la bourse ou les cryptomonnaies. Il existe de nombreuses opportunités au sein même de la classe d’actifs immobilière, offrant des profils de risque/rendement et des avantages fiscaux très différents. Explorer ces pistes est le signe d’une maturité patrimoniale.

Voici quelques pistes concrètes pour une diversification intelligente de votre patrimoine immobilier :

  • Les murs de boutique en ville moyenne : Alors que le résidentiel parisien peine à dépasser 3-4% de rendement, les locaux commerciaux dans des villes dynamiques (programme Action Cœur de Ville) peuvent offrir des rendements de 7% à 9%, avec la stabilité d’un bail commercial 3/6/9.
  • Les parkings et garages en métropole : Cet investissement offre une gestion ultra-simplifiée, une forte demande et un ticket d’entrée faible. Fiscalement, il peut relever du régime micro-foncier avec un seuil de revenus plus élevé, ce qui le rend très attractif.
  • Les SCPI européennes : Investir dans des Sociétés Civiles de Placement Immobilier qui détiennent des biens en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Belgique permet une double diversification (géographique et par type d’actif). L’avantage fiscal majeur est l’évitement des 17,2% de prélèvements sociaux français, les revenus étant taxés dans le pays d’origine selon la convention fiscale, ce qui aboutit souvent à un taux global plus faible. De plus, le rendement moyen des SCPI européennes atteint 5,2%, une performance solide et mutualisée.
  • Les SCPI fiscales : Pour les investisseurs cherchant une réduction d’impôt « clé en main », des SCPI spécialisées en Malraux, Denormandie ou déficit foncier permettent d’accéder à ces dispositifs avec un ticket d’entrée accessible (dès 5 000€), sans les soucis de la gestion en direct.

Cette approche permet de décorréler les performances de vos différents actifs. Une baisse du marché résidentiel dans une ville peut être compensée par la stabilité des loyers d’un commerce ou la performance d’un portefeuille de bureaux en Allemagne. C’est en construisant ce portefeuille diversifié que l’investisseur protège son capital et assure la pérennité de ses revenus.

La maîtrise de ces mécanismes est la première étape. Pour transformer cette connaissance en performance, l’étape suivante consiste à réaliser un audit complet de votre situation patrimoniale et fiscale. Évaluez dès maintenant quel montage est le plus adapté à vos objectifs de croissance.

Rédigé par Marc Le Gall, Avocat fiscaliste spécialisé en droit immobilier et structuration patrimoniale, avec 15 ans d'expérience au barreau de Paris. Expert reconnu des montages complexes (SCI à l'IS, Holding, LMNP) et de l'optimisation fiscale pour investisseurs privés.